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Zulu / Férey, Caryl (1967-....). Auteur
Livre
Edité par Gallimard. Paris - 2008
Enfant, Ali Neuman a fui le bantoustan du KwaZulu pour échapper aux milices de l'Inkatha, en guerre contre l'ANC, alors clandestin. Aujourd'hui chef de la police criminelle de Cape Town, vitrine de l'Afrique du Sud, Neuman doit composer avec deux fléaux majeurs : la violence et le sida, dont le pays, première démocratie d'Afrique, bat tous les records. Les choses s'enveniment lorsqu'on retrouve la fille d'un ancien champion du monde de rugby cruellement assassinée dans le jardin botanique de Kirstenbosch... Si l'apartheid a disparu de la scène politique, de vieux ennemis agissent toujours dans l'ombre de la réconciliation nationale..
Voir la collection «Collection Série noire., 2008»
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Avis
Avis des lecteurs
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Trop plein
« Qui trop embrasse mal étreint » ou « Le mieux est l’ennemi du bien » : ces deux expressions me viennent en tête au moment où je tourne la dernière page pour refermer le livre. De la violence, de la noirceur, du désespoir, sans aucun répit sur 455 pages. Pas une seule respiration, pas une bouffée d’air. Au bout d’un moment, on est comme anesthésié par ce trop plein. Certes, l’Afrique du Sud est malade du sida, de la drogue, de la pauvreté, des croyances tribales et de la sorcellerie, des conflits interethniques, du racisme, de la corruption post apartheid, de l’apartheid qui fait toujours des dégâts bien que ce régime soit officiellement terminé, du chômage, des townships, etc. Et merci à Caryl Férey d’y avoir consacré ce livre sorti en 2008, Grand Prix de littérature policière 2008 et Grand Prix des lectrices de Elle Policier 2009. Mais à trop vouloir en dire, on noie un peu le lecteur, d’autant plus que les personnages m’ont paru plutôt caricaturaux. Le héros est tellement dépressif, un bloc de désespoir qui arrive à peine à articuler quelques mots, assommé par ses insomnies depuis tellement longtemps, qu’on se demande comment il fait pour être le capitaine de police que son chef voudrait promouvoir à sa place au moment de son départ à la retraite. Je n’ai pas réussi à avoir de la sympathie pour ce personnage. Sa mère est tellement gentille et souriante, elle est aveugle et pourtant elle déambule seule le soir dans les townships, là où les personnes vaillantes craignant d’être écorchées vives à chaque coin de rue ne s’aventurent pas, on n’est alors pas surpris lorsqu’elle finit par se faire tuer. Le 2ème coéquipier du héros, qui disparaît bien vite de l’histoire, a tellement peur lorsqu’on l’appelle pour une affaire qu’on se demande comment il a fait pour entrer dans la police et en arriver à être l’adjoint du capitaine alors que sa femme sent sa peur dans son odeur chaque fois avant qu’il n’aille travailler. Quant à l’intrigue, elle me paraît classique : des Blancs riches et puissants préparent un sale coup (c’est le moins qu’on puisse dire) avec l’aide de Noirs véreux affectés aux sales tâches, au détriment des populations pauvres des townships. Les policiers chargés de l’affaire sont l’un Noir et l’autre Blanc, tous deux dépressifs, l’un alcoolique et l’autre taiseux, tous deux profondément marqués par l’apartheid. J’avais déjà lu ce livre à sa sortie et j’avais beaucoup aimé. Aujourd’hui, j’ai forcément pris de l’âge et j’ai aussi accumulé un très grand nombre de lectures de romans policiers. Mon avis a forcément évolué. Il n’en reste pas moins que la ténacité et l’engagement de Caryl Férey à dénoncer, livre après livre, la collusion des politiques avec les pouvoirs économiques et financiers, au détriment des populations, est à louer. « Face à la concurrence des marchés mondiaux, les États souverains ne pouvaient quasiment rien faire pour endiguer les pressions de la finance et du commerce globalisé, sous peine de s’aliéner les investisseurs et menacer leur PNB : le rôle des États se cantonnaient aujourd’hui à maintenir l’ordre et la sécurité au milieu du nouveau désordre mondial dirigé par des forces centrifuges, extraterritoriales, fuyantes, insaisissables. » (page 433)
SELLAMI AIDA - Le 22 février 2026 à 19:22