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La tache, roman / Roth, Philip (1933-2018). Auteur
Livre
Edité par Gallimard. [Paris] - 2002
Voir la collection «Du monde entier (Paris)., 2002»
Autres documents dans la collection «Du monde entier (Paris).»
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Avis
Avis des lecteurs
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Intégrité
C’est très difficile de parler d’un livre culte qu’on a placé tout en haut de son panthéon depuis 2002… J’avais lu « La tache » à sa sortie en France, et il m’avait subjuguée au point de rester le numéro 1 dans mon cœur jusqu’à maintenant. J’en ai parlé récemment à quelqu’un qui ne connaissait ni le livre ni l’auteur. Ça m’a donné envie de le relire. J’avais bien sûr peur que 24 ans après, je déchante, je sois déçue, je m’étonne de mon enthousiasme de jeunesse… Mais non, après relecture, 24 ans après, il est toujours tout en haut de mon panthéon ! Résumer ce livre, c’est forcément l’appauvrir, il est comme un emboîtement de poupées russes, les récits s’insèrent les uns dans les autres. Sans compter le style propre à l’auteur et son humour ravageur. Son sens de la provocation aussi. Je m’éviterai cette épreuve, d’autant plus que tellement de personnes en ont déjà parlé depuis 2002, et pas des moindres : meilleur livre de l’année 2002 élu par la rédaction de Lire, prix Médicis étranger 2002, et encore récemment classé dans la bibliothèque idéale de Lire 2025 parmi les lectures incontournables des 50 dernières années ! Je dirais que ce livre nous parle de grandeur et décadence. Et aussi du prix à payer pour la liberté. Coleman Silk a été un brillant universitaire, doyen d’université adulé avant d’être jeté en pâture à l’opprobre générale. Au même moment, nous sommes en 1998, Bill Clinton est un président des États Unis qui doit faire face à des révélations scandaleuses sur sa relation avec Monica Lewinski, il risque tout simplement la destitution. Faunia, à la vie cabossée, se fait passer pour illettrée alors qu’elle écrit son journal intime. Et Faunia converse davantage avec une corneille qu’avec les Hommes. L’ex mari de Faunia, Lester Farley, est un vétéran du Vietnam qui s’est donné corps et âme pour son pays, il a perdu des amis pendant la guerre, et il vit désormais comme quelqu’un à qui « on a craché à la gueule » comme il dit, psychologiquement détruit. Delphine Roux quant à elle est une brillante universitaire française, belle et intelligente, qui a vite gravi les échelons au sein de l’université où travaillait Coleman. Mais cette femme ambitieuse si accomplie en est réduite à passer une petite annonce pour rencontrer un homme tellement sa solitude est profonde. Et pire que tout, elle se découvre elle-même « de moins en moins authentique ». Derrière ses apparences de quelqu’un qui est sûr de soi, elle se décrit comme « un désastre d’incertitudes ». A sa manière, chacun porte en lui sa « tache ». Chacun a son secret. C’est en particulier du secret de Coleman que nous parle Philip Roth. La violence de ce secret me bouleverse, pour ce qu’il suppose de renoncements : renoncement à sa famille d’origine, renoncement à son histoire, à une certaine intimité de soi, une identité qui nous fait être. Ces renoncements, c’est se tuer d’une certaine façon. Coleman, lui, s’est complètement reconstruit, de Noir à la peau claire il est devenu Blanc, et c’est avant tout parce qu’il aspire à se sentir libre et à vivre libre que Coleman tourne le dos à son passé. C’est un homme aux multiples facettes que nous rencontrons tout au long de ces 442 pages. Walter, le frère de Coleman s’est battu pour les droits civiques des Noirs du temps de la ségrégation, Coleman lui n’a pas voulu attendre, il a franchi d’un pas le fossé qui le séparait de la liberté à laquelle il aspirait du plus profond de son être. A travers l’histoire de Colman, Philip Roth nous parle d’une Amérique puritaine, prête à mettre au ban de la société toute tête qui dépasse. Colman est cloué au pilori pour des propos racistes qu’il n’a pas tenus, puis pour sa liaison avec une femme de 34 ans alors qu’il en a 71. Sa disgrâce est totale, y compris auprès de ses enfants qui s’éloignent de lui. Ce livre nous dit aussi que la vérité n’existe pas. Nathan Zuckerman, l’ami de Coleman et double de l’auteur, croit connaître son ami mais il découvre une toute autre réalité à la mort de celui-ci. « Coleman venait de m’être démasqué, or je n’aurais rien pu imaginer de plus mystifiant que cette mise à nu. Maintenant que je savais tout, c’était comme si je ne savais rien. Et au lieu que les révélations d’Ernestine unifient mon idée de lui, non seulement il me devenait inconnu, mais l’image que j’en avais perdait sa cohérence. » (page 409) Livre culte…
SELLAMI AIDA - Le 04 octobre 2026 à 18:53