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Norferville / Thilliez, Franck (1973-....). Auteur
Livre
Edité par Fleuve noir ; Impr. CPI Brodard & Taupin - 2024
Détective et criminologue à Lyon, Teddy Schaffran quitte tout lorsqu'il apprend que le cadavre de sa fille Morgane a été retrouvé mutilé dans le Grand Nord canadien. Il se rend à Norferville, près d'une réserve autochtone. Léonie Rock, une policière métisse, est en charge de cette enquête qui la ramène sur les lieux où trois inconnus l'ont violée lorsqu'elle était adolescente. ©Electre 2024
10 emprunts.
Avis
Avis des lecteurs
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Whaou !...
Mon premier Thilliez… et ça décoiffe ! Je me demande qui est ce type qui a réussi à me mettre dans cet état… Des nœuds au ventre, des angoisses et des craintes, de longs moments en apnée, des difficultés à respirer, et une impossibilité à lâcher ce bouquin qui m’envoûte et m’hypnotise, me faisant renoncer à dormir, manger, faire autre chose que le compulser et m’y replonger… Et tout ça avec mon consentement puisque j’ai continué de lire jusqu’au bout :) Franck Thilliez joue avec nos nerfs comme un chat avec la souris qu’il a réussi à piéger entre ses pattes et qui se délecte de la voir souffrir... Dire que je ne voulais pas lire cet auteur parce que je trouvais que c’était « trop couru », je me suis bien fait avoir ! Et je ne regrette pas, j’en redemande même, comme une véritable addict que je suis devenue avec un seul bouquin ! Dès le début du livre, on est embarqué. D’abord avec le viol de Léonie et son amie, toutes deux adolescentes, qui nous laisse ulcérés, révoltés et impuissants. Nous sommes à Norferville, territoire autrefois indien dans le Grand nord québécois. Maya l’amie est innue, peuple autochtone, et Léonie est une métisse « innue et blanche, mais surtout ni innue ni blanche ». Au chapitre suivant, 20 ans plus tard, c’est Teddy, criminologue à Lyon, qu’on suit dans sa traque du « Chalumeau », tueur en série qui commet des atrocités sur ses victimes. Et là, on est sidérés. Pas de temps morts, pas de réflexions ni d’hésitations à avoir, Thilliez nous a déjà pris dans ses filets et on est partis pour 450 pages. Teddy apprend la mort de sa fille Morgane, assassinée sauvagement, alors qu’elle séjournait à Norferville, loin de Montréal où elle vivait à 700 kilomètres de là. Il se rend immédiatement sur place. Léonie, quant à elle, est devenue lieutenant de police, à des centaines de kilomètres de Norferville où elle n’a plus remis les pieds depuis 20 ans. C’est elle que son supérieur hiérarchique enverra pour l’enquête sur la mort de la fille de Teddy. Léonie et Teddy se retrouvent donc à Norferville et vont enquêter ensemble sur la mort de Morgane. L’un et l’autre sont meurtris et directement concernés par l’affaire, et c’est avec leurs failles et leurs souffrances qu’ils vont évoluer dans le huit clos de la ville. J’ai trouvé ça très fin, très émouvant, de nous faire vivre l’enquête avec ces deux personnes écorchées par leurs histoires respectives. Norferville est un personnage à part entière. Avec une gigantesque mine à ciel ouvert qui défigure le territoire, une réserve d’indiens qui se rétrécit comme peau de chagrin, et des paysages à couper le souffle dans un froid implacable où on peut mourir en un battement de cil. En parallèle de l’enquête, haletante, Thilliez sait très bien décrire et nous faire vivre les conditions de vie misérables des ouvriers dans la mine, ainsi que celles des autochtones qui subissent brimades et violences de la part des Blancs et de la police en particulier. Il nous montre les ravages de la drogue et de l’alcool sur ces peuples premiers parqués comme des bêtes, comme sur les ouvriers venus de loin pour gagner deux sous. L’auteur s’attache particulièrement au sort réservé aux filles et femmes indiennes, victimes de maltraitances, de prostitution forcée, de viols. Il dénonce les disparations de milliers de femmes autochtones à travers le pays, dans l’indifférence générale, jusqu’à ce qu’une commission d’enquête nationale sur les violences faites aux femmes et aux disparitions soit lancée en 2016, l’année où se situe le roman. En cela, le livre n’est pas seulement un roman policier mais aussi un roman social qui m’a appris des choses. Magistral, tout simplement.
SELLAMI AIDA - Le 08 juillet 2026 à 20:00